05/02/2010
ode d'andré Chénier à charlotte Corday
Marie-Anne-Charlotte de Corday d’Armont, retenue par l'Histoire sous le nom de Charlotte Corday
(elle-même toutefois se faisait désigner et signait sa correspondance de son premier prénom Marie)
née le 27 juillet 1768 à Saint-Saturnin-des-Ligneriescommune d' Ecorches près de Vimoutiers ORNE dans le pays d'Auge,en Normandie
guillotinée le 17 juillet 1793 à Paris, est de par son assassinat de Jean-Paul Marat une figure importante de la Révolution française.
Charlotte_Corday cliquer ici Wikipédia
Puis vint l'époque où les Girondins, qui avaient une majorité toute relative à l'Assemblée, devaient résister au travail de sape des députés Montagnards. Lors de l'insurrection du 10 août, événement considérable, le roi était suspendu puis incarcéré à la tour du Temple, tandis que ses derniers serviteurs, répartis dans les prisons de Paris et de province, étaient exécutés sommairement entre le 2 et le 7 septembre 1792.
C'est alors que Charlotte Corday découvrit avec indignation que le député jacobin Jean-Paul Marat, dans son journal radical l'Ami du peuple, se félicitait de ces massacres. Cet événement refroidit tous les admirateurs de la Révolution parmi lesquels une femme que Charlotte Corday ne connaissait pas mais qui pensait assurément comme elle.
Olympe de Gouges écrivait en effet en septembre: « Le sang, même celui des coupables, versé avec cruauté et profusion, souille éternellement les révolutions ». Puis secondant Louvet et les Girondins, Olympe de Gouges dénonça énergiquement le "boutefeu Marat" à l'opinion publique. Les critiques adressées par les Girondins, relayées par les journaux et les articles de Dulaure, Brissot, Condorcet, Mercier ou Charles de Villette, furent entendues à Caen.


André Chénier est l’auteur de ce poème, en l’honneur de Charlotte Corday :
ODE À MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY
Quoi ! tandis que partout, ou sincères ou feintes,
Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes
Consacrent leur Marat parmi les immortels ;
Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile,
Des fanges du Parnasse, un impudent reptile
Vomit un hymne infâme au pied de ses autels;
La Vérité se tait ! Dans sa bouche glacée,
Des liens de la peur sa langue embarrassée
Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux !
Vivre est-il donc si doux ? De quel prix est la vie,
Quand sous un joug honteux la pensée asservie,
Tremblante, au fond du cœur se cache à tous les yeux ?
Non, non, je ne veux point t’honorer en silence,
Toi qui crus par ta mort ressusciter la France,
Et dévouas tes jours à punir des forfaits.
Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime,
Pour faire honte aux Dieux, pour réparer leur crime,
Quand d’un homme à ce monstre ils donnèrent les traits.
Le noir serpent sorti de sa caverne impure,
A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre
Le venimeux tissu de ses jours abhorrés !
Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides,
Tu vins redemander et les membres livides,
Et le sang des humains qu’il avait dévorés !
Son œil mourant t’a vue, en ta superbe joie,
Féliciter ton bras, et contempler ta proie.
Ton regard lui disait : « Va, tyran furieux,
Va, cours frayer la route aux tyrans tes complices.
Te baigner dans le sang fut tes seules délices;
Baigne-toi dans le tien et reconnais tes Dieux. »
La Grèce, ô fille illustre, admirant ton courage,
Épuiserait Paros, pour placer ton image
Auprès d’Harmodios, auprès de son ami ;
Et des chœurs sur ta tombe, en une sainte ivresse,
Chanteraient Némésis, la tardive Déesse,
Qui frappe le méchant sur son trône endormi.
Mais la France à la hache abandonne ta tête,
C’est au monstre égorgé qu’on prépare une fête,
Parmi ses compagnons, tous dignes de son sort.
Oh ! quel noble dédain fit sourire ta bouche,
Quand un brigand, vengeur de ce brigand farouche,
Crut te faire pâlir aux menaces de mort !
C’est lui qui dut pâlir ; et tes juges sinistres,
Et notre affreux sénat, et ses affreux ministres,
Quand, à leur tribunal, sans crainte et sans appui,
Ta douceur, ton langage et simple et magnanime,
Leur apprit qu’en effet, tout puissant qu’est le crime,
Qui renonce à la vie est plus puissant que lui.
Longtemps, sous les dehors d’une allégresse aimable,
Dans ses détours profonds ton âme impénétrable
Avait tenu cachés les destins du pervers.
Ainsi, dans le secret amassant la tempête,
Rit un beau ciel d’azur, qui cependant s’apprête
À foudroyer les monts, et soulever les mers.
Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée,
Tu semblais t’avancer sur le char d’hyménée,
Ton front resta paisible, et ton regard serein.
Calme sur l’échafaud, tu méprisas la rage
D’un peuple abject, servile, et fécond en outrage,
Et qui se croit alors et libre et souverain.
La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire,
Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire,
Seule tu fus un homme, et vengeas les humains.
Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme,
Nous savons répéter quelques plaintes de femme,
Mais le fer pèserait à nos débiles mains.
Non ; tu ne pensais pas qu’aux mânes de la France
Un seul traître immolé suffit à sa vengeance,
Ou tirât du chaos ses débris dispersés.
Tu voulais, enflammant les courages timides,
Réveiller les poignards sur tous ces parricides,
De rapine, de sang, d’infamie engraissés.
Un scélérat de moins rampe dans cette fange.
La vertu t’applaudit. De sa mâle louange
Entends, belle héroïne, entends l’auguste voix.
Ô vertu, le poignard, seul espoir de la terre,
Est ton arme sacrée, alors que le tonnerre
Laisse régner le crime, et te vend à ses lois !André Chénier est, lui aussi, guillotiné, le 7 thermidor an II (25 juillet 1794).
08:38 Publié dans textes d'auteurs | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : corday, chénier




Commentaires
Bonjour
Cette femme était bien jeune pour mourir sous la guillotine et je ne sais pas si on peut se rendre compte aujourd'hui de la haine qui l'habitait après les massacres de 1500 prisonniers impuissants dans leurs cellules.
Toute révolution a ses excés. Je me demande comment finira la dictature chinoise ! Celle de l'URSS a été étonnament pacifique.
Amitiés du grillon
Le grillon
Ecrit par : Christian | 05/02/2010
Une page de notre histoire de France qui m'a toujours laissé dubitatif : et si Charlotte Corday n'avait pas assassiné Marat, qu'est-ce que cela eut changé ?
Bonne soirée,
Gérard.
Ecrit par : CHAP | 05/02/2010
Une fille qui est allée au bout de sa colère et qui y a laissé sa vie et une marque dans l'histoire de France Nous apprenions cela à l'école Je ne suis pâs sure que les enfants aujourd'hui savent qui elle était.
Bonne journée Bises
Ecrit par : fleurbleu | 06/02/2010
Le temps est un peu bouchonné ces temps-ci,même à Nice!
Ecrit par : chritiane06 | 07/02/2010
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